Le tourisme communautaire est-il une forme de parc d’attraction ?
- Johann Chabert
- 21 janv.
- 4 min de lecture
Un de mes pires cauchemars en voyage : après un délicieux repas chez l’habitant dans un village du fin fond du Laos, et alors que la conversation bat son plein, les sonorités appuyées d’une musique caricaturalement folklorique viennent heurter mes tympans. Quelques villageois, parés de leurs plus beaux atours traditionnels – alors qu’ils arborent le reste du temps le costume international jeans/t-shirt-à-slogan-publicitaire – entament une représentation musicale aussi touchante par son intention et son enthousiasme que crispante par la maladresse de son exécution…

Ils se donnent visiblement beaucoup de mal, ils sont adorables, et je suis poli. J’arbore donc mon plus beau sourire, je feins l’émerveillement (très mal), je remercie, je félicite. Le cauchemar se précise : « Allez, à toi ! Chante-nous quelque chose de ton pays ». Pardon ? Me voilà entonnant « Champs Elysées » (on ne juge pas le choix musical forcé par la pression ambiante) avec ma compagne de voyage – Nathalie, si tu me lis… et beaucoup de fausses notes. Moment de malaise de notre côté, mais visible satisfaction du leur… Ils s’amusent apparemment beaucoup !
Bien évidemment, je force le trait en parlant de cauchemar. En l’occurrence, cette rencontre – qui est donc véridique, bien que j’avoue l’avoir quelque peu dramatisée – m’a laissé de très bons souvenirs. Seules les 5 minutes de Joe Dassin m’ont rendu un poil mal à l’aise !
Vous l’aurez compris, j’abhorre de toute mon âme ce genre de shows folkloriques, de mises en scène forcées, qui renforcent les clichés et véhiculent une représentation vaguement colonialiste de la culture locale… Une vague impression d’aller voir un spectacle de cow-boys et d’indiens dans l’Amérique de la fin du XVIIIe siècle. Vous n’en trouverez pas chez Komorebi, bien évidemment.
Ce que je veux vous montrer, c’est le pays (quel qu’il soit) tel qu’il est dans son quotidien, pas tel qu’il est scénarisé pour les touristes. Les rencontres Komorebi sont moins spectaculaires, mois colorées, moins tape à l’œil. Je veux tisser des liens avec des gens du coin, qui ne vivent pas par le tourisme, ou en tout cas pas pour le tourisme. Des gens comme vous et moi, juste ravi de se faire de nouveaux amis. Tu me racontes ta vie, je te raconte la mienne. C’est un échange, pas un spectacle.

Il ne s’agit pas pour moi, et c’est important, de rejeter toute forme de tourisme aux rencontres scénarisées. Le tourisme dit « communautaire » est une idée intéressante. Il permet, de faire découvrir de manière responsable une culture lointaine à des visiteurs qui n’auraient ni les ressources ni le temps nécessaire pour s’y initier indépendamment. Responsable, car ces initiatives, si elles sont intelligemment conçues, s’appuient sur la répartition des tâches et des revenus. A l’échelle d’un village, d’une communauté, d’un groupe de familles… ou parfois même d’une région ou d’un pays. Elle peuvent également être très éducatives, une sorte de résumé permettant d’entrevoir et de commencer à comprendre une culture complexe en peu de temps.
Ma plus récente expérience : quelques jours au pied du volcan Chimborazo, en Equateur, au sein d’une communauté de Hieleros, qui m’a permis un échange d’une grande qualité avec des personnages que je n’aurais peut-être jamais rencontré sans cette structure particulière.
Cette forme de tourisme est d’autant plus louable à mon sens qu’elle permet une rencontre et une mise en avant de minorités souvent peu visibles. Comparé à un tourisme passif dans lequel on ne fait que regarder par la fenêtre, ici on a déjà un pied dans la porte !
Alors, verdict ? Le tourisme communautaire est-il une forme de parc d’attraction avec parade costumée et feux d’artifices aux accents colonialistes, ou une découverte éducative et respectueuse d’une culture sous-exposée ?
Si seulement on pouvait trancher aussi simplement…
Le tourisme communautaire porte en lui les graines d’un tourisme responsable, respectueux, éducatif, relationnel… Il peut aussi vite dériver vers la représentation théâtrale et le parc d’attraction culturel.
Ce que j’essaie de mettre en place, à travers les voyages Komorebi mais aussi dans mes diverses activités liées au tourisme et même quand je voyage moi-même, est un équilibre – l’équilibre est mon mantra, vous l’aurez compris ! Ne pas rejeter d’emblée toute forme de tourisme communautaire, car bien fait et subtil, il peut apporter beaucoup. Mais privilégier les rencontres vraies et spontanées, se comporter en ami de passage plus qu’en curieux qui jette un œil. Echanger plutôt que regarder. Donner autant que recevoir.
Vous emmener sur un marché, dans un quartier perdu que personne ne visite, dans un restaurant où les travailleurs du coin vienne déjeuner. La curiosité qu'on vient voir, ce sera vous !

A ce titre, j’avoue qu’en me demandant de chanter du Joe Dassin, mes hôtes Laotiens ont visé juste. Tu ne regardes pas juste, tu participes ! Totalement en dehors de ma zone de confort, mais néanmoins échange équilibré ! J’aurais juste aimer pouvoir, comme eux, préparer ma mise en scène !



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