L'anthropologie pour changer de regard sur le voyage
- Johann Chabert
- 5 août
- 3 min de lecture
Me voici donc jeune diplômé, Certificat d’Anthropologie Sociale en poche.
Un programme passionnant, qui m’a emporté au cœur de l’histoire de l’anthropologie et de l’ethnologie, depuis leurs balbutiements il y a environ 150 ans jusqu’à nos jours.
Enfin, je dis jusqu’à nos jours, mais justement, ce programme de 12 semaines ne fait que frapper à la porte des problématiques actuelles. La discipline n’a jamais cessé d’évoluer, mais est, depuis les années 80, en constante révolution.

Évidemment, passer de « Pourquoi cette tribu primitive du cœur de l’Amazonie coupe et réduit les têtes de ses ennemis ? » à « Comment réconcilier nature et culture face au changement climatique ? », ça ne se fait pas sans un changement quasi total de paradigme.
De ces sociétés que l’on étudiait jadis en partant en immersion quelques années pour tenter d’en tirer des enseignements quant à l’organisation du monde des hommes – en considérant bien souvent qu’elles étaient simplement en retard par rapport à notre société moderne –, beaucoup n’existent plus. Avalées par ce Monde Moderne, ou tout simplement éradiquées par lui. Aujourd’hui, les échanges sont globaux, même quand ils tentent de rester locaux. Et les problématiques les plus micro ont bien souvent une origine ou des conséquences macro.

Mais pourquoi je vous parle de tout ça, moi ? Et pourquoi sur un blog a priori dédié au voyage ?
Parce que justement, à travers mon nouveau dada, l’anthropologie, c’est un bouillonnement de questions d’actualité qui agite mon cerveau et qui va impacter les voyages que je veux faire, et ceux que je vous propose.
On voyage différemment quand on s’intéresse. Quand on part pour apprendre et pour comprendre, pas seulement pour regarder.
Et donc des questions m’assaillent. Des questions majeures liées aux enjeux que tout le monde entrevoit, souvent. Comme la gestion des déchets dans les mégapoles asiatiques, la condition animale dans les exploitations agricoles du bout du monde… mais aussi des questions plus précises, souvent moins dramatiques, mais qui attisent ma curiosité à travers mes voyages.
Pourquoi le niveau sonore des concerts vietnamiens est-il à ce point insupportable ? Pourquoi dois-je toujours deviner ce que les Japonais pensent, parce qu’ils ne le disent jamais ? Pourquoi les mamies à Saigon ont-elles l’air toujours en colère et pourtant me chouchoutent-elles comme si j’étais leur fils ? Pourquoi la langue espagnole est-elle si différente entre les pays d’Amérique du Sud ?

Pour comprendre, et pour agir aussi…
Tout en essayant au maximum d’éviter l’ethnocentrisme, tout en essayant d’éviter tout jugement, tenter d’agir efficacement pour des valeurs qui me tiennent à cœur. Cette phrase est totalement contradictoire (si si, relisez-la !), mais je l’assume. Je ne pousserai pas le vice jusqu’à engager un débat sur le relativisme culturel et ses limites ici, mais reste entièrement disponible pour un débat enflammé sur demande !
Agir pour un tourisme responsable, une phrase qui a un peu perdu de sa superbe alors qu’elle était à la mode dans le monde pré-Covid, c’est avant tout comprendre les grandes questions de société. Lutter pour l’égalité, pour l’environnement… passe d’abord par comprendre les ressorts culturels liés à ces questions majeures.
Un jour comme un autre à Luang Prabang, au Laos, je faisais un point avec mon équipe sur l’évolution de notre projet de remplacer les bouteilles en plastique par des gourdes rechargeables. Une question soudaine, que je n’avais pas vue venir : « Moi, j’ai un ami dont le travail est de ramasser les bouteilles en plastique et de les revendre. Il va perdre son travail. »

Alors donc, revenons-en à moi, si vous le voulez bien. Après ce certificat en Anthropologie Sociale qui a aiguisé mon appétit, je me lance cette semaine dans un programme de deux ans de Master en Anthropologie Générale et Ethnologie des Mondes Actuels.
Il s’agit d’un master proposé par l’Université Lyon 2, mais que, pour des raisons de temps comme d’isolement géographique (je partage mon temps entre l’Ardèche et le Vietnam comme vous le savez), je ne peux suivre officiellement et en présentiel.
J’ai donc monté, avec l’aide de l’Intelligence Artificielle, qui s’est avérée bien utile je l’avoue, mon propre programme à suivre en autodidacte. Calqué sur le programme de Lyon 2, avec les mêmes lectures et des exercices de terrain. Bien évidemment, je ne disposerai pas du contenu des cours, et n’obtiendrai pas de diplôme. Mais je compte sur ce programme auto-administré pour au moins calmer cet appétit né de mes premiers pas en anthropologie.

Même un anthropologue qualifié et aguerri ne saurait affirmer : « Voilà, je connais le monde. » Pour moi donc, l’ambition est simplement de le comprendre un petit peu mieux que maintenant.



Commentaires